Journée Néthique 1, compte rendu : “Comment être un internaute-citoyen responsable ?” (partis : PS, UMP, UDF) 10/03/07
Mardi 22 janvier 2008, 15:05
Première journée Néthique : “Vivre ensemble sur le Net”, 10 mars 2007, à la Cité des Sciences.
L’Internet est un espace de dialogue permanent pour des millions de personnes. Tout un chacun peut ouvrir un blog et devenir éditeur de ses contenus personnels et participer à la cité numérique mondiale.
Deux tables rondes organisées par Les Humains Associés avec le Carrefour Numérique le samedi 10 mars 2007 se sont penchées sur les meilleures façons de vivre en bonne intelligence sur le Net, dans le respect de la Néthique.
Voici le compte rendu textuel de la deuxième table ronde qui a réuni les responsables politiques de la netcampagne 2007.
Le compte rendu textuel des débats de la première table ronde avec la société civile.
Il est possible d’écouter l’intégralité des débats en version audio (podcast) sur le site du Carrefour Numérique.

III. Comment être un internaute-citoyen responsable ? Le point de vue des partis politiques
Avec :
Eric Walter (responsable internet de l’UMP - sarkozy.fr)
Quitterie Delmas (Porte-parole des jeunes UDF de Paris - bayrou.fr)
Benoît Thieulin (Responsable de la net-campagne de Ségolène Royal - desirsdavenir.org).
Table ronde animé par :
Tatiana Faria (présidente-fondatrice des Humains Associés)
Natacha Quester-Séméon (Secrétaire Générale des Humains Associés)
Tristan Mendès France (Secrétaire Général Institut Pierre Mendès France)

Eric Walter, responsable Internet de l’UMP,est le premier intervenant de cette deuxième table ronde. Il remercie toutes les personnes présentes ainsi que les participants autour de la table dans la mesure où ils partagent un intérêt identique pour le débat qui les réunit.
D’une façon générale, il considère que le respect d’un certain nombre de règles de bonne conduite que l’on peut englober sous le terme de Néthique est quelque chose de fondamental en terme de garantie de la liberté sur Internet. En ce sens, cela est pour lui un préliminaire à la loi qui doit bien sûr être respectée dans l’univers réel ou virtuel sans distinction. Cela veut dire pour lui que plus les Internautes arrivent à s’auto-organiser entre eux, à s’appliquer un certain nombre de règles de bonne conduite qui sont en fin de compte des règles frappées au coin du bon sens, moins il est nécessaire de faire intervenir la loi et mieux c’est. D’autant que l’on est face à une matière qu’il est extrêmement difficile de codifier et pour laquelle il est difficile d’appliquer des règles législatives.
L’UMP, comme les autres partis, a engagé un certain nombre d’actions en matière d’éthique sur le Web. Il pense en particulier à une suite de réunions avec leurs blogueurs en préparation de la campagne, visant à les inciter à appliquer un certain nombre de règles qui sont proches de celles de la Charte dont il est question aujourd’hui. Ils ont également réalisé une série de documentations et d’explications pour les jeunes ou nouveaux blogueurs et Internautes qui souhaitaient s’impliquer dans la défense de leurs idées politiques sur le Web. Il s’agissait pour eux d’expliquer quelles étaient les règles particulières d’un certain nombre de supports que l’on considère comme importants, mais sensibles – Wikipédia, Agoravox, les annuaires comme OpenDirectory - sur lesquels ils incitent les gens à intervenir, mais à intervenir dans le plus strict respect du fonctionnement, de la liberté d’expression et de l’objectivité appelée par ces trois supports.
Par ailleurs, les blogs édités par l’UMP contiennent une charte éditoriale - ce qui relève de leur responsabilité en tant qu’éditeur des blogs - et aussi un certain nombre de lignes de bonne conduite qui ont une forte proximité avec la Charte Néthique. Ils regardent avec beaucoup d’intérêt la 2e version de la Charte Néthique qui leur paraît plus complète et plus structurée que la première.
Est-il besoin d’avoir des chartes ? Pour Eric Walter, la réponse est oui et non. C’est nécessaire pour que chaque utilisateur puisse savoir dans quel univers il intervient. N’importe qui peut aller sur un blog et n’importe qui peut éditer un blog. Il y a la nécessité selon lui d’avoir écrit quelque part les règles de bonne conduite qui doivent s’appliquer pour que le débat soit le plus libre possible et le plus serein possible. Il considère qu’un débat riche est un débat serein, et non pas un débat dans lequel on s’insulte à coup de pseudos anonymes. Cependant, s’il est nécessaire d’avoir quelque chose d’écrit, ce n’est pas nécessairement figé dans le temps. La manière de s’entendre ensemble sur la façon d’interagir sur le Web doit être évolutive, non une référence permanente. C’est en cela que l’initiative wiki qui a été prise par les Humains Associés lui paraît tout à fait intéressante, au point que Loïc Lemeur a souscrit pour son île Second Life à la Charte Néthique. Ils vont certainement dans le cadre de la campagne et pour le site sarkozy.fr organiser des débats autour de ce sujet.
Après ces propos liminaires et sans présentation théorique, Eric Walter se propose de passer la parole aux autres intervenants et puis surtout de laisser la plus grande place possible au débat.
Pour Quitterie Delmas (porte-parole des jeunes UDF de Paris - bayrou.fr), le plus important dans ce débat est que la régulation de l’Internet et l’établissement de codes éthiques ne se fassent pas par le haut. Elle revient sur le rapport Tessier, le projet de décret pour la création d’une commission de déontologie et aussi le projet de loi sur la prévention de la délinquance dont il a été question dans la table ronde précédente. Elle montre une publication et cite un petit article intitulé : « Le Happy Slappping out : heureusement, le législateur a pris les choses en main et dans le cadre de la loi sur la prévention de la délinquance, les happy-slappeurs seront passibles de prison et de 75 000 euros d’amende. » Elle en appelle à ceux qui ont un blog ou une adresse mail d’écrire à ce journal et d’en parler autour d’eux. Il y a là matière à réflexion : nous avons enfin acquis une liberté d’expression, nous sommes tous heureux de l’avoir aujourd’hui et si ça se ferme par le haut, par les pouvoirs publics, nous avons tout perdu.
Cela étant dit, il est important pour elle de réfléchir à la manière de dialoguer ensemble sur le Net, où il y a effectivement le meilleur comme le pire. On peut le voir notamment dans les périodes qui cristallisent tout cela, les campagnes électorales. Là, on est en plein dedans, il est un peu difficile de prendre du recul, en même temps, c’est important parce que c’est aussi un moment pour se poser les bonnes questions. Elle propose de se retrouver après les élections pour en discuter de nouveau.
Elle rappelle les différents outils et différents modes utilisés à l’UDF pour propager et expliquer leur projet : il y a bayrou.fr et un réseau social qui s’est monté, « e-soutiens » de François Bayrou. L’objectif était pour eux, qui n’avaient pas toujours accès aux grands médias classiques, de pouvoir expliquer leur projet et leurs points de vue. Elle indique par exemple que sur bayrou.fr les pages les plus visitées sont les pages de propositions. Il y a également un espace pour contribuer et donner son avis. Comme tous, ils sont confrontés à des militants d’autres partis qui copient-collent des messages. Elle est sûre que tout le monde a des web-colleurs d’affiches, y compris à l’UDF – elle sait que tout le monde est parfois très motivé au risque d’en oublier les règles de bienséance. Pour elle, une régulation se fait toute seule, notamment sur les blogs, quand les web-colleurs d’affiches arrivent et copient-collent leur argumentaire et voient finalement que « ça ne prend pas ». Elle voit le phénomène un peu diminuer, ce qui est assez sain et montre que ça ne fonctionne pas.
La stratégie d’Internet à l’UDF est qu’il n’y a pas de stratégie d’Internet. (Rires.) Tout ce qui a pu se développer comme soutien à François Bayrou dans la blogosphère s’est développé de façon totalement autonome. Il n’y a pas de plateforme de blogs commune, il y a juste des personnes pour accompagner un mouvement, pour faire en sorte que ceux qui veulent créer un blog et ne savent pas comment faire, apprennent comment mettre une vidéo en ligne ou coller une bannière. Mais c’est à chacun de choisir d’incarner sa propre vision politique, dans la mesure où l’on considère que les blogs, c’est une partie de soi et une manière d’exprimer ses propres idées…
L’UDF se refuse absolument d’organiser les votes en ligne et s’y tiendra jusqu’au bout. Il y a beaucoup de sondages en ligne et l’UDF n’a jamais fait de mailing lists incitant à voter, malgré le fait que les autres partis le font régulièrement. Ce qui était intéressant de voir pour elle est qu’en ne faisant rien du tout, François Bayrou arrivait déjà en tête de certains sondages en septembre.
Ce qui intéresse beaucoup Quitterie dans la blogosphère – « même si on ne va pas faire de politique » (rires) -, est que les blogs sont liés les uns aux autres et que des passerelles se créent, que malgré les carcans partisans, des dialogues ont lieu. Internet fait tomber des barrières géographiques, elle a la chance d’avoir des messages de Tokyo, de New York, de Singapour… et elle dialogue avec des personnes qui s’intéressent de nouveau à la politique française via les blogs. Il y a aussi des personnes de gauche, de droite, de l’UDF, du PS, de l’UMP qui discutent ensemble, des Cap 21, José Bové, des altermondialistes, etc. : c’est pour elle une aventure extraordinaire et fabuleuse qui va dans le bon sens.
Elle a adopté la Charte Néthique il n’y a pas très longtemps et elle a aussi conseillé à bayrou.fr de l’adopter. C’est encore un peu tôt pour l’affiner. Elle considère cette Charte un peu comme l’enseignement que nos parents nous donnent, une certaine éducation. Sur Internet, différentes communautés partagent certaines valeurs : elle a souhaité partager celle de Néthique. Ensuite, c’est comme quand on grandit, on peut être en opposition, adopter ses propres codes de conduites. Son blog ou bayrou.fr, c’est comme sa maison ou son appartement. Quand on vient chez elle, on ne met pas les pieds sur la table, là, c’est la même chose et c’est donc à chacun de rentrer chez les autres et dialoguer avec leurs propres codes et valeurs, ce qui permet de discuter ensemble.
Quitterie finit sur deux interrogations :
La première concerne le statut du troll. On peut voir que certains trolls peuvent être virés temporairement de certains journaux citoyens et on peut découvrir que ces trolls finalement ont plein de choses à dire, qu’ils ont une vraie sensibilité, qu’on peut dialoguer avec eux. (Rires.) Pour elle, il s’agit de ne pas stigmatiser, l’anonymat permet aussi à des personnes qui sont timides de s’exprimer et de se réapproprier le débat public et de tenter des expérimentations. Elle est sûre que tout le monde a utilisé des pseudos pour faire des rencontres sur Internet ou vivre des expériences absolument incroyables. (Rires.) Pour elle, c’est un nouveau monde, un espace de liberté, à nous juste de décider dans quel sens il va évoluer, s’il doit y avoir des règles et codes exacts ou pas, si on a le droit d’avoir plusieurs vies etc. Le tout est de respecter les autres personnes.
Des questions se posent aussi sur l’utilisation des vidéos en campagne électorale. Encore une fois, c’est à chacun de décider sur son site, son blog, « dans sa maison », ce qu’il veut faire. On lui a montré récemment une vidéo qui pourrait avoir un impact sur la campagne, mais elle refuse de la mettre en ligne, parce que cela ne correspond pas à sa manière de faire de la politique. À chacun d’être juge et libre arbitre.
Pour Quitterie, beaucoup de questions se posent, on est au tout début et on a un travail à faire tous ensemble. Les politiques ont leur part dans ce travail, car Internet est une vraie chance pour le débat démocratique. Il y a un intérêt qui se recrée, une génération qui se passionne, des visages et des talents nouveaux, artistiques, entrepreneuriaux etc. qui se découvrent sur le Web, il y a plein de choses à construire avec tout ça et il faut le sauvegarder.
Benoît Thieulin (responsable de la net-campagne de Ségolène Royal - desirsdavenir.org)ne voudrait pas jeter de suspicion de rapprochement politique, mais il partage assez ce qui a été dit par Quitterie Delmas– « d’autant que les meilleurs d’entre nous ont levé les dernières réserves sur des rapprochements possibles », donc il se sent autorisé à le faire assez facilement. (Rires.)
Leurs expériences ont été assez proches finalement. D’une certaine manière, la campagne a commencé pour eux assez longtemps à l’avance, puisque Désirs d’avenir a été d’abord la plateforme de débat de Ségolène Royal pendant la campagne des primaires, avant de devenir le site de la campagne présidentielle. Assez tôt, ils ont été confrontés à deux questions : la première a été autour de l’organisation des débats, qui étaient la matrice de la campagne des primaires et qui se sont poursuivis jusqu’aux quatre grands débats participatifs lancés à l’automne et conclus il y a maintenant un mois. De nombreuses questions se sont posées autour des chartes et notamment la problématique de la modération : comment organise-t-on la démocratie participative en ligne, comment est-ce qu’on donne la parole aux gens, comment est-ce que l’on synthétise, quelle garantie donne-t-on, quelle traçabilité ?
Le deuxième point qui le rapproche de Quitterie est qu’ils n’ont pas fait le choix, ni dans la première période ni vraiment dans la seconde, d’une plateforme d’hébergement centralisée, même s’il y en a une (destinée essentiellement aux militants et secrétaires nationaux). Ils ont incité les gens à être autonomes et à utiliser les outils que les usages sur Internet avaient un peu standardisés, que ce soient les plateformes de blogs, les plateformes de vidéos ou l’esprit d’un blogroll pour faire évaluer des contenus. Beaucoup de questions se posaient alors sur les règles à se fixer et comment gérer une plateforme sur laquelle ils n’avaient techniquement pas la main.
Cela les a amenés à avoir trois démarches éthiques concentriques : la première concernait la période des débats qui a duré environ un an (février 2006 – 11 février 07) : ils ont eu une démarche empirique, itérative et ont évolué au fur et à mesure. Ils se posaient de nombreuses questions : p.ex. de savoir s’il fallait une inscription préalable pour poster des messages ou non, une modération a priori ou a posteriori. Il y a eu débats internes, des choses sur lesquels ils sont revenus après ; avec une seule obsession, que le débat s’oriente sur le fond. C’était une volonté catégorique de Ségolène Royal que les débats ne dérivent pas et qu’il n’y ait pas d’attaques personnelles. Benoît Thieulin pense que la campagne des primaires a montré qu’ils avaient été sans faille là-dessus, ce qui leur a été plutôt bénéfique. Il est convaincu que l’on a toujours une double raison de faire des choix éthiques, pour des raisons éthiques et pour des raisons d’efficacité. De ne pas colporter les petites phrases, les rumeurs, les attaques assez basses, malgré la tentation de répliquer et la pression des militants pour le faire, - car dans un débat qui n’est pas aseptisé, il y a forcément une envie d’en découdre - , le fait de tenir bon et de modérer le plus possible p.ex. sur les forums, où ils ne publiaient pas les attaques personnelles qui n’élevaient pas le débat, a été in fine plutôt une bonne chose qui a été mise à leur crédit.
Avec la charte de modération, ils assumaient dès le départ qu’un débat sur un forum - comme dans une salle -, ça s’organise et qu’il y a un débatteur qui modère et organise, sans pour autant vouloir en contrôler le contenu. P.ex. s’il y a quelqu’un qui comme lui parle trop longtemps, on lui coupe la parole pour la donner à d’autres. Nous avons tous intégrés de façon instinctive des règles élémentaires du débat en public et elles se retrouvent sur Internet. Au début dans les forums, c’était difficile : des gens qui ne retrouvaient pas leur message en ligne disaient alors que c’était du délit d’opinion, alors ils leur écrivaient pour dire que là, ils n’avaient pas la parole, qu’ils remerciaient déjà pour la 3e fois la même personne ou que l’on pouvait même supposer qu’ils avaient un autre pseudo et qu’ils se félicitaient eux-mêmes. Mais selon Benoît Thieulin, assez rapidement, la communauté des débatteurs qui s’est ainsi créée a accepté les règles et les a assez bien suivies.
Ils ont observé à chaque grand débat médiatique ou à chaque fois qu’un grand média mettait un lien vers desirsdavenir.org, des vagues de nouveaux publics postant de nouveaux messages. Il y avait alors une hausse assez importante de rejets, qui étaient en moyenne à 5%, ce qui selon les expériences de modérateurs de forums est assez bas, sauf en ces moments-là où ils montaient à 10 %. La modération était aussi plus difficile à faire en fonction de l’actualité, notamment à la fin des primaires, avec l’histoire des 35 heures et des vidéos. Les militants ont fait pression, voulaient en découdre, attaquer et répliquer, il était nécessaire de modérer plus fortement à ce moment-là, mais in fine, la posture éthique, la volonté de maintenir le débat sur le fond et pas sur les attaques personnelles, était quelque chose que Benoît Thieulin considère comme plutôt efficace.
La deuxième charte qu’il fallait mettre en place était celle des blogs. Suite à l’affaire au printemps d’une blogueuse maladroite qui a mis un lien vers un blog dans lequel se trouvaient des propos antisémites, ils ont fixé un certain nombre de règles : ils demandaient à tous les blogs référencés dans un annuaire de vérifier les liens dans un périmètre de 1 et aussi de modérer a priori, pour qu’ils puissent garantir et sanctuariser au moins dans un premier cercle autour du site les propos et contenus mis en ligne.
La troisième charte correspond à la phase dans laquelle ils sont aujourd’hui et concerne les pratiques des militants quand ils vont discuter ailleurs. En effet, sur les blogs et forums, les gens se croisent et échangent, les militants socialistes vont sur les sites de l’UMP et de l’UDF et inversement. La troisième charte rappelle que quand il y a une invitation à débattre sur tel ou tel sujet, il est indiqué de ne pas faire du simple copier-coller d’argumentaire, comme l’ont fait certains militants au début en récupérant simplement le matériel envoyé p.ex. dans les newsletters. Ils ont été rappelés à l’ordre, on leur a expliqué que cela n’en était pas l’objectif.
Pour Benoît Thieulin, c’est un apprentissage qui se fait, une acculturation aux usages du Web et en matière politique. En ce sens, il pense que la campagne a assez fortement changé par rapport à ses débuts.

Intervention de Carlo Revellidans la salle qui se dit plutôt favorable à des chartes et à la Néthique sur un plan individuel ou pour des journaux ou des sites collectifs comme Agoravox. Il a en revanche des doutes par rapport aux partis politiques, surtout en ce moment. Il a l’impression qu’éthique et politique sont plutôt un oxymore, deux mots qui ne vont pas ensemble dans cette période particulière et charnière. Il aimerait qu’ils lui enlèvent un doute : est-ce que les chartes qu’ils arborent ne sont pas plutôt une posture, une façade, pour se donner bonne conscience ? Car malgré les chartes et ce qu’ils prétendent défendre, on retrouve les spams, les envois de SMS, les attaques dans les forums – grâce à eux ils bossent trois fois plus dans Agoravox, parce qu’au lieu de soumettre 40 articles, dont ils sélectionnent 20, on leur soumet 150 et ils en mettent qu’un tiers en ligne, le reste n’étant que de la propagande politique, même chose dans les commentaires. Il dit croire à titre individuel aux chartes, mais la charte de Monsanto le fait un peu rigoler, en ce sens, quand un parti en campagne arbore une charte, cela le fait penser à une posture de façade…
Quitterie Delmas répond que ce ne sont pas les 35 000 militants qui adoptent la Charte, c’est bien bayrou.fr ou un blog individuel qui l’adopte et dit, « je vais fonctionner dans ces règles éthiques là ». On n’est pas en train de dire que toutes les composantes sont éthiques, à chacun de faire cette démarche. Elle ne se sent pas concernée par les spams etc.
Eric Walter non plus. Cela fait partie du rôle d’un parti de donner des indications à ses militants et sympathisants, surtout s’ils ont une forte envie d’aller sur Internet, pour défendre leurs idées avec plus ou moins d’adresse et de savoir-faire. Il n’y a pas selon lui opposition entre éthique et parti politique. Le parti indique, s’il adopte une charte, la conduite à tenir. Évidemment, il ne va pas contrôler le fait que ses 350-400 000 militants-sympathisants adoptent cette conduite et la respectent. Néanmoins, c’est important qu’il l’indique.
Benoît Thieulin se sent effectivement concerné par la question parce qu’ils ont beaucoup parlé de chartes. Il s’agit pour lui de distinguer différents points : il y a les règles que l’on se fixe sur les forums. Ce n’est pas « arborer » une charte pour se faire plaisir, mais d’indiquer de façon compréhensible aux personnes qui viennent sur un forum selon quelles règles et critères leurs messages vont être publiés ou non. Il pense que la transparence et la manière de faire sont fondamentales pour construire un débat en ligne, ce n’est pas une posture. Il y a également des choix techniques : quand on demande la modération a priori dans les blogs référencés dans un clic + 1, c’est une règle technique concrète et non une posture. Ensuite, il y a la question des militants et de ce qu’on va leur demander de faire et qu’ils sont libres ou non de respecter. Pour Benoît, c’est encore une fois une question d’efficacité. En janvier, il y a eu énormément de viral, de spams, de rumeurs qui ont circulé sur Ségolène Royal, sur le couple etc. : cela n’a pas été très bon pour le PS, mais le retour dans la blogosphère et les forums a été très négatif aussi. Pendant deux trois semaines, une campagne très violente a eu lieu sur le mode « c’est une campagne poubelle », on aimerait que les choses reviennent au fond. Selon lui, ce n’est pas de la posture, il y a vraiment une demande de débat en France. Il y a un nombre de débats qui ont été éludés, et notamment le 21 avril 2002, qui est une obsession pour eux. Il y a une forte appétence en France pour un vrai débat politique, qui se cristallise quelquefois autour d’un traité constitutionnel, quelquefois de façon plus violente autour de la crise des banlieues. Maintenant quand il faut faire les choix d’une élection présidentielle, cela lui semble normal que le débat ait lieu sur le fond. En ce sens, ce n’est pas une posture, on serait au contraire assez mal indiqué de ne pas le faire [d’adopter des chartes]. Il n’accuse pas ses concurrents de l’UMP d’avoir agit différemment, mais quand bien même, il croit qu’in fine, cela se retourne contre ceux qu’ils le font. Il donne l’exemple des affaires du Canard Enchaîné, il y a 15 jours : ils ont fait extrêmement attention à ce que ce ne soit pas relayé sur les blogs référencés ou forums, il met au défi quiconque de trouver des posts qui le véhiculent, tout simplement parce que pour eux le débat doit porter sur le fond, sur les propositions et pas sur les rumeurs.
Natacha Quester-Séméon intervient après ce premier tour de table pour remercier de nouveau chacun d’être venu et de participer chacun à sa façon à Néthique, notamment dans l’idée, comme l’évoquait Benoît Thieulin - et c’est vrai aussi pour Agoravox -, de former de nouveaux publics. Ils sont en train de former des centaines de milliers de citoyens au militantisme en ligne et à l’expression publique. On en est bien sûr qu’au début, mais le fait que chacun fasse de la pédagogie auprès de ces personnes-là est déjà essentiel, d’autant qu’au niveau de l’éducation, rien n’est fait pour le moment.
C’est la question de l’approche qualitative aussi, il n’y a pas que le quantitatif, et on s’intéresse de plus en plus au fond et aux arguments construits. Le contre-buzz peut devenir très négatif et se retourner contre ceux qui attaquent et qui sont identifiés comme tels. Il est intéressant de voir comment se déroule cette campagne, d’autant que ce n’est que le début, les autres campagnes suivent. Le fait qu’ils soient là est le reflet de ce qui se passe sur Internet : on peut ne pas être d’accord, on peut militer et avoir des idées, mais on arrive à discuter ensemble en étant respectueux. Sur Second Life, c’est ouvert, il n’y a pas de murs, c’est « encore pire » qu’un forum pour le moment et l’on voit les gens se mélanger et apprendre à dialoguer. Pour de vrais militants, encartés dans les partis, avec des idées très appuyées, se rencontrer et dialoguer avec des gens avec lesquels ils ne sont fondamentalement pas d’accord, ça n’arrive pas dans la vie réelle. Elle pense que cela va faire évoluer les mentalités, on ne sait pas encore dans quel sens, mais c’est vraiment passionnant et elle est contente qu’ils participent à ce débat !
Tatiana Faria rajoute qu’en effet, elles sont heureuses que les trois représentants de la net campagne soient là et que c’est sûrement une première. Cela indique un changement dans la manière de faire de la politique. Les plus « vieux » n’ont pas encore compris qu’Internet permet un autre type de rapport, plus respectueux, plus convivial, et que nous sommes en train de changer d’ère : l’autre n’est plus un ennemi, on peut être d’accord pour ne pas être d’accord, d’une façon courtoise, d’une façon amie et respectueuse. Internet permet cela et que les trois intervenants soient là en est une preuve, elle en est extrêmement contente.
Tristan Mendès France revient sur l’intervention de Carlo Revelli et l’effet d’affichage. De loin, cela peut donner l’impression, « qu’on se colle un truc néthique et après on est relax ». La critique serait plus difficile si l’on portait ce même argument contre les campagnes des fédérations sportives et notamment de foot, contre le racisme. Elles ont plein de chartes, de labels et de bonnes intentions. Est-ce que pour autant ces bonnes intentions sont inutiles ? Il est sain et légitime que les fédérations sportives, même si la portée en est un peu limitée et symbolique, communiquent contre le racisme et incitent les supporters à être convenables. Pour Tristan, la Néthique, de loin, c’est un peu la même chose. C’est un effet d’annonce oui, mais il faut un effet d’annonce pour que les gens l’entendent.
Carlo, sans vouloir critiquer, dit qu’on pourrait très bien encadrer ses militants sans rien arborer. Il y a peut-être des groupes qui ont une démarche éthique qui n’arborent rien et vous ne le disent même pas, qui n’ont aucun logo ni aucune charte. Ce n’est pas une critique, mais il voit une dérive potentielle, qui existe dans l’univers des entreprises. Il demande par ailleurs, si la Charte a été proposée à d’autres partis. Natacha : « Tu penses à quels partis ? » Carlo : « Dieu merci, il n’y en a pas que trois. » (Rires.) Natacha explique que tout est venu au fur et à mesure des débats et rencontres avec les blogueurs. Elles sont ouvertes à discuter avec tout le monde. Mais ce serait oublier le wiki, qui est là depuis plus d’un an. Elle invite d’ailleurs cordialement Thierry Crouzet et Carlo Revelli à l’enrichir avec leurs réflexions nourries !
Natacha rajoute un autre aspect, celui de la réputation. Elle indique, avec de grands guillemets, que dans une communauté, il y a une forme de « « contrôle social » », tous ceux qui gèrent des communautés savent cela. Les gens ne sont pas « idiots », ils savent que quand un des membres a un comportement délictueux, toute la communauté peut en pâtir, surtout en pleine campagne électorale. Les gens cherchent à ce qu’il y ait une certaine unité, que les principes s’appliquent à tout le monde, sans que cela soit hiérarchique, elle est proposée par ceux qui gèrent la communauté. Ce qui l’étonne, c’est l’exemple de Wikipédia, où il y a un règlement extrêmement détaillé avec des points développés sur des pages entières et pourtant elle n’a jamais entendu des Internautes dénoncer le règlement de Wikipédia en disant qu’il ne fallait pas de règles.
Une personne dans la salle revient sur l’effet d’affichage et cherche à savoir si l’UMP a désormais une position officielle, claire, communiquée au public, sur le spam politique, notamment les « Sarkospam », mails de propagande politique, qui sont arrivés dans les boîtes mails même de mineurs, il y a quelques mois.
Eric Walter répond d’abord à Carlo, en précisant qu’on ne parle pas toujours des mêmes chartes. Il est nécessaire pour lui d’avoir une sorte de contrat avec les personnes qui contribuent à un site, dès lors que l’on en est éditeur. C’est l’objet des chartes de blogs qu’ils ont sur chacun de leurs supports. Le blog officiel de l’UMP est modéré a priori et le blog Agora-Elles est lui modéré a posteriori. Dans les deux cas, il y a un contrat entre les visiteurs, les contributeurs et l’UMP. Cette charte est lisible, ce n’est pas un petit bouton ou une bannière que l’on « promène ». Ensuite, il y a des chartes plus généralistes, qui invitent ou incitent les cybermilitants qui sont très actifs dans l’un ou l’autre des partis, à respecter un certain nombre de règles de bonne conduite. Dans ce cas, afficher un logo qui est un logo un peu référent et issu d’un travail collectif, partagé par une bonne partie de la communauté et un certain nombre de personnes actives, leur paraît intéressant.
En termes de politique de mail, leur position est-elle claire ? Elle l’a toujours été selon Eric. Ils ont été les premiers à utiliser le courrier électronique comme moyen de contact et donc moyen de débat d’idées avec les citoyens. Ils ont fait cela en faisant appel à des loueurs de bases de données qui leur ont communiqué des bases de données, ce qui était à l’époque tout à fait autorisé, la CNIL n’ayant pas eu des recommandations dans un sens contraire. Il s’est trouvé que ces bases de données n’étaient pas propres. On était 6-7 mois après une réglementation assez stricte sur les spams en France et en Europe, et suite à cette réglementation, les propriétaires de cette base de données étaient tenus de nettoyer leurs bases de données, de la « ré-opt-iniser », c’est-à-dire de redemander aux personnes inscrites dans la base si elles étaient d’accord pour être inscrites. Il s’est avéré que sur l’ensemble des 300 000 adresses qu’ils ont loué, un petit nombre de personnes n’étaient pas du tout volontaires pour être sur la liste. Ils ne se sont pas arrêtés là, ils ont bien sûr demandé à leurs prestataires d’enlever les adresses en questions. Ils ont néanmoins continué à faire du contact politique par e-mails au travers des bases qu’ils possédaient eux-mêmes et qui résultaient des inscriptions dans tel ou tel site de l’UMP. Ils ont mis en place très récemment un portail personnalisé qui permet à des personnes inscrites sur l’une ou l’autre des listes de diffusion de l’UMP de directement s’inscrire ou se désinscrire des listes de diffusion de l’UMP. Ils ont centralisé leurs propres bases d’adresses e-mail, pour qu’il n’y ait plus de doublons, de sorte qu’il y ait une gestion beaucoup plus rapide et transparente pour l’usager de son adresse. Auparavant, une personne désinscrite d’une liste pensait l’être de toutes les listes de diffusion de l’UMP, ce qui n’était pas le cas. Avec une base centralisée, ils ne sont pas loin d’un système qui fonctionne de façon satisfaisante, avec un taux d’adresses anormalement enregistrées inférieur à 0,5 %. Les destinataires de leurs mails ont désormais deux possibilités pour se désinscrire : soit de se connecter à l’interface personnalisée, soit de répondre directement et la désinscription se fait dans un délai de 48 à 72 heures. Ils ne procèdent plus à la location d’adresses e-mail, pour deux raisons : d’une part, la CNIL a rendu une recommandation qui incite les loueurs à effectuer un nouvel opt-in politique, ce qu’ils n’ont pas le temps de faire, et d’autre part, on est dans une période où l’on ne peut plus faire de publicité du fait de la réglementation électorale.
Pour Benoît Thieulin, on touche là le fond du débat : on peut en effet avoir une analyse technique, où l’on constate que le respect d’un certain nombre de règles pose parfois des problèmes techniques qui ne sont pas faciles à résoudre, des bugs, des inscriptions croisées, des bases de données qui rassemblent des mails que vous n’auriez pas dû récupérer etc. Et il y a la question du respect de la loi que tout le monde doit évidemment respecter. Entre les deux, la technique d’un côté, la loi de l’autre, il y a une zone de gris, dans laquelle on peut choisir délibérément de s’investir ou non. La position de Ségolène depuis le début a été de ne pas utiliser un certain nombre de choses, autorisées par la loi et techniquement possibles, dont fait partie notamment l’achat de bases de données. Ils considèrent que l’achat de bases de données est la déclinaison un peu systématique de tous les outils marketing puissants dont on peut disposer sur le web, mais qu’ils ne vont pas utiliser parce qu’ils considèrent que la politique, ce n’est pas comme une lessive et ne se vend pas comme un produit comme un autre sur le web. Ils n’ont donc pas procédé à l’achat de bases de données, ni à l’achat de liens sponsorisés pendant que c’était autorisé (alors que d’autres l’ont fait) et évidemment encore moins maintenant. Cela montre des différences entre des choix éthiques, que des choix politiques dans le débat peuvent varier en fonction des partis et des candidats.
Eric Walter réplique en disant que l’UMP ne pense pas que la politique est une lessive – formulation intéressante –, mais qu’en revanche que le débat politique est ouvert à tous. Ce n’est pas un débat d’élite, limité aux seules personnes qui ont accès à l’information politique. C’est le rôle du parti politique et du personnage politique d’aller face à l’électeur. Il ne voit pas pourquoi on ne devrait pas utiliser un certain nombre de moyens qui permettent d’aller vers l’électeur, dès lors que celui-ci a la possibilité de dire « stop, je n’ai pas envie d’entendre parler de vous ».
Un nouvel intervenant dans la salle pose différentes questions : est-ce qu’il y a une différence entre une maison réelle et « la maison blog », dans laquelle on fait une intrusion pour coller des affiches et peindre sur les murs. Est-ce que tout est bon dans le meilleur des mondes et notamment, est-ce que le monde Internet est meilleur que le monde réel. Est-ce que dans les règles de conduite du monde Internet, on va trouver les règles de conduite de la vie et du dialogue, que l’on pourra transposer dans le monde réel. Il évoque les dialogues socratiques et suggère la lecture de l’Éthique de Spinoza pour voir s’il a anticipé les questions actuelles. Pour finir, il se demande si Internet avait existé en 39-45 et si De Gaulle avait eu une blogosphère, s’il eut été interdit de séjour par ces règles…

Quitterie Delmas pense en effet qu’Internet rend le monde un peu meilleur. Derrière les écrans se tissent des liens entre des personnes qui ne se connaissent pas, dont on ne connaît pas le visage ni l’origine, ni le parcours et avec qui l’on entre en contact.
Des rencontres se font, des projets se développent, p.ex. des projets économiques et entrepreuneriaux, des compétences qui s’accordent et qui se complètent pour travailler ensemble. Ce sont aussi des outils démocratiques, des personnes qui réfléchissent ensemble sur la façon de faire la politique demain. Pour elle, c’est infini et multiple, elle n’a jamais rencontré autant de monde en dehors de son propre cercle que depuis qu’elle a un blog. Du point de vue du parti politique, Internet, c’est aussi un moyen de parler du fond et de porter le projet, quand tout le monde dit, « c’est quoi votre projet, vous n’en avez pas » etc. Quand elle tracte sur les marchés, comme elle l’a fait le matin même, elle donne un tract de quatre pages dans lequel il n’y a presque rien de marqué – Internet permet alors d’aller plus au fond, de donner les réponses aux questions que les gens se posent et leur permettre de voir ce que les politiques ont dans le ventre. C’est un moyen pour rendre accessible le message politique.
Quitterie revient sur le changement des pratiques et les questions éthiques qui se posent. S’adressant à Carlo Revelli, elle rappelle que ce n’est pas parce que l’on a un logo néthique chez un parti politique que tous les humains qui composent ce parti sont tous éthiques, cela veut juste dire qu’il y a des règles de fonctionnement et de discussion. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de corrompus dans les partis politiques - justement, ce n’est pas le cas. Elle espère qu’Internet puisse accompagner un changement des pratiques politiques : une génération nouvelle se lève aujourd’hui qui a envie que l’on change le personnel politique, qu’il y ait un non-cumul des mandats et que les gens qui sont convoqués par la justice ne se représentent plus à des élections. Pour Quitterie, si Internet pouvait faire émerger tout ça, ce serait « vraiment bien ! »
Un intervenant s’interroge sur les « Sarkospams » et revient sur l’affirmation que c’est aller vers les électeurs et ouvrir le débat. Pour lui, c’est là que se situe le vrai nœud : ouvrir une plateforme où les gens puissent débattre est une chose, mais envoyer un mail n’est pas faire un débat. Eric Walter ne voit pas bien la question : si on va sur un marché et que l’on tracte, on tend un papier aux personnes. Les mails sont une démarche proactive : aller vers des personnes en proposant de consulter les idées qui sont celles de l’UMP et leur proposer d’adhérer. L’intervenant répond que dans ce cas, le mail, c’est un tract, pas un débat. Il serait facile sur les nombreuses heures d’antenne de dire aux personnes via la télévision : « Si vous souhaitez faire des propositions, voilà l’adresse du site pour un dialogue citoyen. » Pour Eric, le tract est la première étape pour inviter les gens à dialoguer avec eux. Il est là fait référence à l’époque où l’UMP était dans un cycle de 18 conventions thématiques, chacune consacrée à un sujet de société. Ces conventions sont consultables en ligne. L’objet des mails était de dire, « vous pouvez participer au travail et à la discussion, vous pouvez rejoindre l’UMP ». L’intervenant réinsiste sur la différence entre tracter et débattre, pour lui, une proposition sur TF1 aurait touché des milliers de personnes, le mail que 300 000. Eric répond que tracter est pour eux un point de départ.
Benoît Thieulin discute deux points : D’une part, la notion de tracter : un tract que l’on nous tend dans la rue, nous pouvons le refuser, on ne va pas nous le coller ou nous le mettre dans notre sac à main. Dans le mail, il y a une démarche un peu agressive, qui est contestable et que l’on peut discuter. D’autre part, le fait que l’on achète ces bases de données, ce qui était tout à fait autorisé, les partis étaient libres de le faire ou pas - mais c’est ce qui le choque. L’équivalent serait d’acheter des numéros de téléphone pour qu’il y ait du phoning pour dire qu’il faut aller à telle ou telle convention de l’UMP ou à tel débat organisé par Ségolène Royal, ça le choquerait pareillement. Chacun peut avoir son opinion là-dessus. Mais la parabole du tract n’explique qu’une partie de ce qu’a été le « Sarkspam ».
Eric Walter trouve que c’est une analyse très pointue du « Sarkospam ». La sémantique est intéressante pour lui : accoler le terme de spam à l’envoi de mails est un petit exercice de style. Pour lui, il y a deux façons de voir le spam : tel qu’il est réglementé par la Commission européenne et la France - de ce point de vue là, les mails envoyés n’étaient pas des spams. Et tel qu’il a été perçu par un utilisateur parce qu’il se sent interpellé par la réception d’un mail qu’il n’a pas demandé – c’est une interprétation subjective. Quand on dit « Sarkospam », on est dans le domaine de l’interprétation subjective.
Un intervenant dans la salle rappelle la difficulté de borner ce qu’est le spam et qu’au moment de légiférer se posait p.ex. la question des courriels des ONGs. La facilité du législateur face à ces questions a été de dire que le spam, c’est ce qui est d’origine commerciale, ce qui a laissé un espace duquel l’UMP a pu profiter. Interrogé, il précise qu’il parle de la transposition française de la directive européenne qui a donné la Loi économique et numérique. Eric rappelle que le périmètre du spam selon l’Europe est un périmètre commercial et qu’il s’agit donc du législateur européen. Pour avoir pas mal travaillé sur le sujet, il n’a pas en mémoire que les débats avaient évoqué la question de l’inclusion ou non des listes politiques à l’époque.
Pour Benoît Thieulin, il y a là deux débats : un débat juridique, législatif et un débat qu’il est essentiel pour lui d’avoir : un débat politique. Il faut poser la question éthique et se demander si on doit ou non s’autoriser cela, même si le vide législatif ou juridique le permet. Il ramène ça encore une fois à une question d’éthique et d’efficacité. Pour lui, c’est contre-productif. Il aimerait poser la question à Eric, au vu de l’image que cela a véhiculée dans l’opinion, qui n’a pas été bonne, il pense qu’éthiquement, c’est une mauvaise chose, mais que de surcroît, c’est inefficace et contre-productif et que cela n’a pas permis de ramasser beaucoup de gens. Pour revenir sur la question du fond, pour lui aujourd’hui, les programmes politiques ne sont pas faciles à expliquer, il y a un travail pédagogique qui est complexe. Ce qui est génial sur Internet, c’est que l’on ne va pas avoir un programme que l’on va déverser de façon mécanique. Quand vous avancez des idées, proposez un programme sur Internet, vous allez avoir des débats sur les forums, une appropriation des argumentaires, des reprises des propositions qui au final se diffusent davantage que quand vous les envoyez de manière très descendante. Le rôle des blogs est le même, comme une sorte de zone de gris qui fait le pont entre un public qui n’est pas forcément amené à la politique de manière facile et les sites institutionnels dans lesquels il y a une langue et des propositions pas forcément faciles à comprendre.
Quitterie Delmas pose la question de l’organisation des votes en ligne : éthique ou pas éthique ?
Pour Benoît Thieulin, c’est un vrai débat qui a eu lieu au PS. Ils y ont eu recours, mais très peu. Pour lui, il considérait que l’on pouvait le faire, dans la mesure où il y a une fausse scientificité et un recours tellement systématique, qu’ils se sentaient autorisés à dire aux gens de voter. Ceci étant dit, ils ne l’ont pas fait souvent, d’ailleurs selon lui, cela ne change pas grand-chose. Pour l’anecdote, l’ensemble des sondages en ligne qui ont jalonné toute la campagne des primaires était défavorable à Ségolène Royal jusqu’au 16 novembre. Jusqu’à sa désignation très massive, l’ensemble des sondages en ligne l’ont donné perdante. Il y avait en face des concurrents beaucoup plus organisés, avec beaucoup plus de troupes en ligne, qui appelaient à voter, mais finalement cela ne leur a pas porté malchance.
Eric Walter ne se retrouve pas dans une vision restrictive et fermée de l’éthique : « L’éthique c’est ça, ça ce n’est pas éthique ». Qui décide ? Qui affirme ?
Sur les sondages en ligne, oui, ils ont appelé à voter et l’assument, même s’ils ne le font pas régulièrement. Ils l’ont fait une toute première fois quand un blogueur les a interpellés (« où sont les Sarkoboys »). Il rejoint Benoît pour dire que ces sondages ne sont pas représentatifs de grand-chose, mais néanmoins ils sont en ligne.
Quitterie réagit pour dire qu’ils sont représentatifs d’un panel d’Internautes qui ne sont évidemment pas représentatifs de tous les Français, mais si l’on a 9 000 personnes qui votent, elles sont censées être représentatives de 9 000 personnes qui votent de façon autonome. C’est d’ailleurs comme ça que pour elle, l’espoir est venu d’Internet, quand ils ont vu, en septembre, lors d’un sondage non contrôlé et où les questions n’étaient pas encore posées de façon insidieuse, que François Bayrou était à 33 % et les deux autres à 15%. Ils se sont dit « il se passe quelque chose ». Quand après, ils ont compris qu’ils étaient en plus en train d’appeler les gens à voter sur ces mêmes sites, elle trouve ça incroyable et considère que l’on dévoie le principe du sondage. Pour Eric Walter, le principe du sondage repose sur la représentativité et ne croit pas que l’on ait une quelque représentativité dans ces sondages. Ces sondages ne sont pas représentatifs s’ils permettent les multi-clics et ne sont pas verrouillés. Quitterie conteste en disant qu’ils sont représentatifs des Internautes et qu’ils sont bien faits de nos jours…
Tatiana propose, pour cette première rencontre, d’aller vers ce qui nous unit plutôt que vers ce qui nous divise. Elle dit que c’est fantastique de voir les représentants des trois partis débattre ensemble – notamment pour elle qui est née sous une dictature où l’on ne pouvait ouvrir la bouche. Cela est digne de l’humanisme, Pic de la Mirandole l’aurait fait à Florence. Mais encore une fois, et c’est une proposition et non une imposition, allons vers ce qui nous unit, que l’on s’enrichisse, s’ils sont d’accord ? Porter le fleuret sera pour une autre occasion. Une attitude très féminine, comme elle le rappelle.
Un intervenant dans la salle revient sur la définition de l’éthique. Pour lui, « on traite l’homme suivant l’idée qu’on s’en fait et on se fait une idée de l’homme suivant la façon dont on le traite ». En ce sens, il faut regarder comment on utilise les techniques pour aller dans un sens ou pas. En ce qui concerne les spams, c’est-à-dire l’envoi massif de courriers non sollicités à des fins politiques, quand on achète des bases, on le fait auprès de gens qui ont recruté sur des sites commerciaux, il n’y a alors pas de distinction de finalité - la question de finalité étant essentielle en matière de traitement de données personnelles. Donc quand on récupère toute une série d’adresses d’origine commerciale et qu’on les utilise à des fins politiques, il y a déjà un détournement. Des enfants qui ont acheté des jeux vidéo étaient ainsi susceptibles d’être exposés à de la propagande politique – c’est là une question d’éthique qui se pose. Ensuite, le fait d’aller sur une place publique et tendre un tract à une personne qui peut le refuser ou qui peut engager un dialogue est différent d’envoyer un message politique dans une boîte aux lettres privée. Ma boîte aux lettres, c’est un espace privé, la place du marché est un espace public. L’opposition « privé-public » est importante. Il est également convaincu de la contre-productivité. Avec les médias traditionnels, on avait jusqu’à présent des médias univectoriels, avec une capacité d’arrosage à des fins de conditionnement. Avec Internet, le public peut déjouer ce conditionnement, il y a des fuites latérales et les gens commencent à faire des lectures critiques. Plus le message de conditionnement va être émis, plus il y a de capacité pour le public de déjouer ce conditionnement, puisqu’il va comparer les lectures critiques aux messages qui le conditionnent en répétition et un moment il y aura une prise de conscience collective, on n’y échappera pas. Pour finir, il observe beaucoup de débats sur comment Internet va influencer la campagne, ce qu’il apporte aux partis etc., mais beaucoup moins de débats sur les orientations des candidats sur Internet. Il y a une déperdition sur comment on fait, plutôt que sur les sujets de fond proprement dit : Internet demain, qu’est-ce qu’on fait des lois qui étaient passées, quelles lois à venir, comment va-t-on réguler et coréguler ensemble etc. Il pense que c’est bien de débattre sur comment on débat, mais c’est bien aussi à un moment de débattre [sur le fond].
Eric Walter s’inscrit en faux face à l’affirmation que les envois d’e-mails sont contre-productifs – elle est tout simplement fausse. Ils ne regrettent pas cette action et la masse des réactions positives dépasse très largement celle des réactions négatives. Étant lui-même un utilisateur d’Internet sensible à ce qui lui arrive dans sa boîte mail, il comprend les réactions des opposants, néanmoins, les résultats ont été productifs.
Pour quitter le sujet d’une opération qui remonte à décembre 2005, il embraye sur la question de l’approche politique d’Internet : dans la suite des interventions déjà faites, par Bernard Carillon lors du salon Linux, par Laurent Wauquiez lors du débat « Civilisations numériques » etc., ils commencent une série de focus « Politique et Internet » au QG de campagne et sur la NSTV, le site de sarkozy.fr, chacun de ces focus thématiques étant destiné à creuser le fond du sujet. Ils n’arrivent pas avec des propositions miracles, d’autant plus que des propositions faites maintenant pour dans six mois risquent fort d’être caduques, en revanche, ils commencent à labourer ce sujet qui appelle en effet un énorme travail pour les cinq ans à venir.
Thierry Maillet rappelle qu’après les présidentielles, il y a les législatives et que de nombreux candidats créent leurs blogs. Il cite notamment un candidat du PS dans la région de Toulon qui a écrit une tribune dans Libération et qui raconte comment sa première démarche de candidat a été de créer un blog. Au niveau de la campagne néthique, c’est important au niveau national, mais les élections législatives au mois de juin vont être un accélérateur - ou non – de la Néthique et du comportement politique sur Internet. Quitterie ajoute les municipales, disant que dans pleins de villes en France l’opposition, tout comme les médias locaux, sont assez verrouillés, et donc pleins de personnes, Christophe Grébert du PS en est un exemple, vont se servir de cet outil Internet qui est une véritable chance pour notre démocratie.
Un Internaute pose la question de savoir si la Néthique qui réunit trois grands partis politiques ici peut avoir d’autres conséquences dans une mise en commun des idées voire des actions politiques dans un sens plus large. (Rires.) Quitterie Delmas : « C’est l’union nationale. »
Tristan Mendès France rajoute qu’ils se retrouvent en tout cas sur une Charte et qu’ils forment ainsi le début d’une communauté trans-partis. Benoît Thieulin ajoute que l’espace démocratique est déjà un espace dans lequel on se met d’accord sur un certain nombre de règles. On ne fait que décalquer ce qui se fait dans les institutions traditionnelles sur les nouveaux médias.
« Étant réunis une première fois pour ce qui nous unit », une personne dans la salle pose la question de savoir si les uns et les autres ont senti des rapprochements à travers la blogosphère, malgré leurs différences de point de vue, au niveau humain et social par exemple. Pour Quitterie, la réponse est clairement oui, c’est l’aventure qu’elle vit avec son blog et de nombreux jeunes. Ils se sont rencontrés par Internet et ont eu la volonté de se voir par ailleurs, de façon informelle et transpartisane, ou même avec des personnes de la société civile, des associations. Elle voit qu’on a voulu les ranger dans des cases et quand ils se parlent, ils se rendent compte, notamment dans sa génération, - qui s’est quand même « bien fait rouler », qui va pâtir de la dette publique, des réformes qui ne se font jamais etc. – qu’elle est instrumentalisée par ses partis et appareils. C’est ça pour elle la joie et le bonheur de cette campagne, de voir que c’est un peu une remise en cause des appareils politiques. (Rire et adresse aux autres intervenants : « Ils ne vont pas être d’accord évidemment ».)
Benoît Thieulin confirme que si, que justement Ségolène Royal n’était pas la candidate la mieux placée au moment où elle a démarré et où elle a misé très fort sur Internet. C’est bien l’appel d’air qu’elle a créé avec l’utilisation des débats sur son propre site qui l’a in fine conduite à être candidate du Parti socialiste et cette histoire n’a pas été pas écrite d’avance. Ils ont connu un engouement et un phénomène intéressant, de voir des « nouveaux » militants qui venaient poster en masse sur le forum. C’étaient en partie des personnes qui soit n’étaient jamais venus en politique, soit qui étaient des vieux militants qui étaient partis et qui sont revenu pour cette occasion. Pour l’anecdote, Benoit raconte qu’ils ont invité au mois de janvier les 50 contributeurs principaux de Désirs d’avenir, sélectionnés par un système d’algorithmes et les Internautes eux-mêmes. Ils ne savaient pas du tout qui allait venir, mais se sont rendu compte que ce n’était pas du tout le public internaute type que l’on peut fantasmer, « jeune masculin urbain », mais beaucoup plus divers, et en moyenne plus âgé. Il y a beaucoup de phénomènes de diffusion de l’usage d’Internet, notamment en matière politique, qui sont nouveaux et nous n’en sommes qu’au début.
Quitterie Delmas dit à ce propos qu’il y a un point de la Charte Néthique qui lui semble particulièrement important, sur les fautes d’orthographe : « Ne signalez pas aux autres qu’ils ont fait des fautes d’orthographes. » On ne se rend pas compte de l’importance que ça peut avoir, si l’on estime qu’Internet est une vraie chance pour se réapproprier le débat public. Ils ont fait différentes expériences intéressantes, à Vaux-en-Vélin, au Mas du Taureau par exemple, où « ça crame toutes les trois secondes », où ils ont rencontré des jeunes qui s’intéressaient vraiment au débat public, qui ont envie de s’intéresser à la politique, qui sont prêts à lire des informations, à les chercher sur les blogs des partis et les sites Internet - sauf qu’ils n’osent pas encore écrire. Elle a fait pas mal de rencontres de ce type-là, elle sait qu’ils lisent son blog et après, ils lui écrivent sur sa boîte mail personnelle. Elle leur demande, « mais pourquoi vous ne voulez pas écrire ? » Ils répondent, « parce qu’on fait des fautes d’orthographe, parce qu’on n’arrive pas à s’exprimer comme les autres, on a peur qu’ils se foutent de nous et tout ». S’il y a une certaine tolérance, si on est accueillant, c’est possible, c’est à nous de rendre la politique accessible pour que certains se décomplexent. Le débat se fait beaucoup entre des gens des mêmes milieux, mais il n’y a pas besoin d’avoir fait ni Science Po ni l’ENA pour faire de la politique, et elle aussi fait trois fautes par mot dans ses posts « et s’en fout »….
Eric Walter a fait deux constats qui l’ont particulièrement frappé : le premier est qu’il y avait lors des conventions auxquelles il a fait allusion de la part des personnes qui en suivaient la diffusion une volonté de contribution. Chacune des réunions a été largement suivie et surtout a donné lieu à toute une série d’échanges qui se sont ensuite cristallisés soit sur le blog de l’UMP soit sur un site qu’on avait ouvert à la fin de l’année qui était un site autour des trois forums faits dans le dernier trimestre. Le deuxième constat est la timidité du militant face au blog. Il rejoint ce que vient de dire Quitterie. Ils offrent aux adhérents de l’UMP la possibilité de bénéficier de l’ouverture et de l’hébergement d’un blog pendant un an gratuitement. C’est une démarche d’incitation, de contribuer avec leurs moyens au débat politique. Ils ont eu un très grand nombre de retour de personnes pleines de bonne volonté et qui demandaient : « Et maintenant comment je fais ? » « J’ai ouvert mon blog et maintenant je fais quoi ? j’écris quoi ? » Avec à chaque fois pour eux la nécessité d’expliquer que ce n’était pas à eux de leur dire ce qu’ils voulaient qu’ils écrivent et qu’une fois de plus, un blog sur lequel ils faisaient du copier-coller du site de l’UMP ne servait pas à grand-chose. Au-delà de l’anecdote du copier-coller, humainement parlant, cette manifestation du désir de participer et en même temps cette timidité par rapport à l’outil, aussi simple soit-il, leur a paru très intéressante. C’est une grande partie du travail qu’ils continuent à conduire en interne : il y a des forums internes qui sont en ligne pour permettre à cette communauté qui réunit aujourd’hui 800-900 blogueurs ou webmasters de discuter et s’entre-aider et petit à petit, elle monte en capacité à contribuer au débat public.
Deux questions d’avatars sur Second Life sont transmis par Jean-Rémi Deléage : le vaisseau amiral du PS est ou sera-t-il néthiqueté et Sarkozy.fr est-il néthiqueté ?
Benoît Thieulin précise, - Second Life ayant passionné les médias -, que ce n’est pas le PS ou Désirs d’avenir qui est sur Second Life, mais un comité de Désirs d’avenir qui a eu l’initiative (ils ne leur ont pas demandé), qui les a d’ailleurs un peu mis en porte-à-faux, parce que 15 jours avant, on leur avait demandé s’ils avaient une stratégie sur Second Life et ils avaient répondu par la négative, et quinze jours après, le comité disait que c’était ouvert, mais ils n’étaient pas au courant. Il se trouve que c’est une initiative plutôt sympathique et ils l’ont adoubé. Jean-Rémi précise que la question portait sur le site du PS et pas sur Second Life : Benoît précise que c’est déjà le cas, que Désirs d’Avenir est bien entendu néthique.
Eric Walter rappelle que le site sarkozy.fr est une WebTV et que la Charte Néthique est une charte de blog avant tout, ce que le site n’est pas et que ce serait inadapté d’utiliser la Charte. En revanche, l’ensemble des blogs de l’UMP dispose d’une charte qui présente beaucoup de similitudes avec la Charte Néthique. Le site sur lequel on peut débattre, le site débats.sarkozy, est animé par Loïc Lemeur. Loïc ayant pris la même initiative personnelle que celle des militants Désirs d’avenir, d’ouvrir une île Sarkozy dans SL, immédiatement néthiquetée - , il est probable qu’il ait la même démarche sur le site qu’il anime.
Quitterie Delmas rajoute que le site de bayrou.fr est néthique.
Un intervenant dans la salle revient sur les jeunes qui ont un peu de mal à poster des choses sur Internet parce qu’ils ont du mal à s’exprimer à cause de l’orthographe etc. Est-ce que dans les partis, quand ils s’occupent du d’Internet, ils s’occupent aussi des gens qui n’ont pas accès à Internet pour les guider vers Internet ?
Benoît Thieulin répond que la démarche participative qu’ils ont inaugurée a commencé sur Internet et elle a ensuite été doublée en parallèle par des réunions physiques sur tout le territoire. Ils ont eu 6 500 débats organisés dans toute la France qui ont réuni en tout pas loin de trois millions de personnes sans Internet. C’était quelque chose d’assez massif, où les deux rebouclaient, puisqu’à la fin, ils ont fait des synthèses communes, à la fois des 6500 réunions et des débats participatifs en ligne.
L’intervenant précise qu’il demandait plutôt comment les parties faisaient venir vers Internet les gens qui n’y allaient pas. Quitterie répond que c’est là la question des programmes Internet des candidats, que l’on va connaître dans quelques jours. Elle intervient au nom de François Bayrou au Sénat dans les prochains jours - où elle va probablement retrouver les autres intervenants de la table ronde.
Tristan conclut cette journée en rappelant que cette expérience va probablement être renouvelée et que l’institut Pierre Mendès France était partie prenante de cette initiative. Ils referont très probablement quelque chose dans les mois qui viennent, cette fois-ci au Collège de France dont dépend L’institut et qu’ils reprendront sous cette forme ou une autre la même problématique. Il remercie tous ceux qui sont venus, salue tous ceux qui ont suivi sur Internet et dans Second Life. Il dit à tous à très bientôt et remercie les organisateurs de cette manifestation, Les Humains Associés bien évidemment !
Tatiana dit qu’elles étaient vraiment très contentes que tout le monde ait été là et notamment les représentants des trois partis. Elle pense qu’eux trois représentent une autre façon de faire de la politique, elle souhaite que cela va continuer, que ce n’est pas qu’un espoir et que nous allons véritablement aller, petit à petit, à des moments précis, - sans gommer nos différences, parce que nos différences sont aussi nos richesses -, vers ce qui nous réunit et ne pas être seulement tout le temps sur ce qui nous divise comme le dirait Giovanni Pic de la Mirandole ! Elle est très émue, c’est la première fois qu’elle voit ça et pourtant, elle fait de la politique depuis presque 30 ans (elle a même fait de la prison). Elle pense que c’est une première et qu’avec des gens de leur qualité humaine, cela va se faire autrement. Et bien évidemment, que Quitterie soit là, et qu’elle soit une femme, c’est superbe, c’est une sorte de réalisation de rêve qu’elle représente très bien. Tatiana la remercie d’être là.
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